vendredi 1 février 2008

Mascarade "L'objet suspect"

L’OBJET SUSPECT


La jeune fille filait d’un pas nerveux suivie de milliers d’ombres. Elle s’engouffra dans son HLM, talonnée par ses suspicions. Cinglant vers l’escalier B, qu’elle franchit quatre à quatre, elle se transporta au sixième, claqua sa porte, laissant derrière elle les relents des autres habitants. Elle posa un volumineux paquet des PTT sur la table rétro, jeta son perfecto sur une chaise rococo et ses bottes en travers de la pièce, s’effondra sur le sofa fushia. La tête entre les mains, elle contempla le paquet l’air calamiteux et grave. Au bout d’un certain temps, elle bondit, se fit rageusement du café, tritura le bottin pour finalement le refermer, excédée, fit des aller-retours entre les deux pièces-cuisine qui auraient donné le tournis à une abeille en pleine activité, ou à n’importe quel âne bâté.
Vers 13h, elle fourragea dans le frigo, grignota on ne sait quoi, repris ses armes vestimentaires : santiags-perfecto-sac-à-dos et claqua la porte de son cloaque, tous les sens en éveil, mais avec la volonté bien déterminée de se débarrasser de cette mine inquiétante. Ainsi blindée de farouche volonté, elle redescendit l’infecte cage de l’escalier B de son HLM, puis celui du métro le plus proche. Vagues rageuses de souvenirs et roulis l’emportant au loin… Arriva le raz de marée, dans ses yeux submergés, déferlante tragique, inévitable : on aurait alors croisé son regard comme on croise le fer, mais elle baissait les yeux comme on fait mine de baisser sa garde. Engouffrée dans la première station venue, figée sur son strapontin jusqu’au terminus, elle sortit. Avait-elle lu la destination ? Père Lachaise. Elle parcourut le dédale fatal de ce no-man’s land les tripes triturées, les pensées enchevêtrées, le tout formant un singulier dessein intérieur qui claqua comme le fouet d’un implacable dresseur, la laissant, l’émotion passée, de marbre – tout à fait de mise dans un cimetière .
Elle acheva le parcours et le détour de ses pensées et des allées comme mue par un mécanisme indépendant de sa volonté et se retrouva de nouveau figée d’effroi, chez elle, engoncée dans son sofa qui n’avait plus rien de reposant, à dévisager le monstre arrivé par les PTT. Et le monstre hanta tout le studio, évoluant comme chez lui, lui susurrant mille choses du passé aptes à la siphonner. Après avoir récapitulé le maigrichon arbuste généalogique – plus réduit qu’à quelques fruits : elle n’eut plus de doute : s’il s’était agit des affaires de sa parenté, ces biens ne seraient pas arrivés sans qu’elle en eût été avisée et le timbre postal n’évoquait pas un lieu de villégiature …
Il ne restait donc plus qu’un souvenir cuisant sous l’aspect de ce paquet qui trônait comme une idole malfaisante sans qu’elle l’ait invitée, avec le timbre de ce pays qu’elle avait rayé de la carte .

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