vendredi 1 février 2008

Mascarade "Les affreux se cachent pour mourir "

Les affreux se cachent pour mourir



La novella venait à peine de s’achever que le cœur de Marcia était déjà dans l’angoisse du prochain épisode, presque en transe, car elle n’entendit pas son petit chéri qui hurlait dans la chambre adjacente. Elle regarda ses murs crépis plus très nets, sa misérable tenue qui se reflétait dans le miroir qui l’enveloppa toute entière d’un regard désapprobateur, et ne broncha pas. Elle s’écroula dans le fauteuil en osier craquelé, tout d’un bloc. Le bébé continuait de hurler, les voisins de se disputer, son mari d’être absent – atroce réalité. Quand Steven s’adressait à Cindy, c’était pour la dorloter, ses mots flottaient comme des parfums…et quand un drame se nouait, le satin et la soie étouffait toujours ce malheur, tout se déroulait comme il fallait. Dans la vie, rien n’allait comme il fallait. Elle resta prostrée sur sa chaise en osier, une bonne partie de la soirée. Elle ne pouvait faire autrement. Ainsi figée, les années ont passé… Marcia est usée, maintenant, et n’a plus même la rare apparition d’un homme pour accompagner sa solitude : il ne lui reste plus que la télé qu’elle regarde avec assiduité, seule façon de rêver puisqu’elle ne sait pas lire, sauf parfois entre les lignes, comme lorsque son « fiancé » l’a quitté, et que ses enfants l’ont abandonnée. Un jour, retentit un grand fracas qui lui fit redouter le pire : Steven démolissant la magnifique villa neuve de Rachel, la traîtresse ou était-ce Michael l’arriviste en affaire avec les requins ? Eh bien en ouvrant les yeux, ce n’était pas la suite de la novella, seulement sa voisine qui roulait des yeux inquiets le téléphone à la main et qui hurlait aux urgences de se manier. Elle resta prostrée et égarée et fut emmenée quelques temps plus tard sur un brancard, atterrit en plein feuilleton d’ »Urgences » avec moult beaux infirmiers et intrigantes femmes en blanc. Elle aperçu même un jour, le Docteur, dans toute sa splendeur. Le soleil n’aurait eut autant d’éclat… Elle baragouina quelques paroles admiratives – disons carrément – d’adoration, et bien qu’âgée elle n’était pas sourde : les réflexions méprisantes du personnel soignant la figèrent, et elle se mura définitivement dans cette solitude, sa seule amie avec celles de sa novella. Le docteur prétendit l’avoir trouvée comme ça, et retourna aux clientes plus intéressantes – comprenez potentiellement plus « riches » et séduisantes. Elle reparti dans sa favella, et plus personne n’entendit parler d’elle.

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