Dies irae
L’astre de la nuit ajourait les toiles et les marbres que la pluie ruisselant aux fenêtres, faisait palpiter d’une vie intense. Elles en passent des nuits blanches, ces œuvres à qui l’homme a donné le jour… depuis la nuit des temps. Elles ont eu leur nuit de noces, encensées par tous les Protée, enorgueillissant leur créateur, mais depuis… on les a largué aux oubliettes comme de vulgaires objets de marché aux puces ; et encore, eux ont une seconde vie ! Elles posent comme ces photos qu’on dépoussière sans plus les regarder, qui font partie des meubles. Quel destin ! Elles croyaient échapper à ces décrépitudes, l’art n’est-il pas éternel ? Mais il n’en est rien. Une sourde colère vibre sous les marbres, craquelle les huiles les plus subtiles, démantibule les mobiles, font grimacer pour de vrai les masques ethnologiques, d’une noire magie : Le musée ourdit jour et nuit les plus sombres desseins. Leurs gardiens à qui pourtant rien n’échappe, n’ont rien vu venir, pas plus que les visiteurs blasés qui n’ont pas su les apprécier. Elles se font contrôler, estimer… mais plus de regard langoureux… comme lorsque le coup de fourchette à remplacé le coup de foudre. S’exposer sous la plus flatteuse lumière n’est plus à l’ordre du jour, agir devient le maître mot !
Quand le gardien ouvrit les portes du musées, il cria au vol, au scandale à la supercherie, mais rien n’y fit : Gauguin et ts les siens s’étaient mués en ustensiles de cuisine, en collages de détritus, les beaux marbres en sanitaires ou en nains de jardins… Le gardien ne survécut pas à ce choc, il mourut et finit sous un imposant granit ; celui qui lui succéda n’avait aucun état d’âme, parfait dans le décor.
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