RICHARD
Vrroummmm… Richard fonce, casquette au vent dans sa petite voiture. Ses pinces de crabe actionnent la chaise roulante avec une grande dextérité, pas comme lui, tout petit, cabossé comme un César, l’air coquin et conquérant. Une petite mèche sort de sa casquette et avec son petit dos voûté en carapace de tortue, on dirait un bernard-L’hermite qui déambule. Son jeans noir a épousé son fauteuil, ils ne font qu’un, un peu usés et assouplis dans de curieux plis : Richard est un petit animal étrange, pensent tous ceux qu’il croise : Sans nul doute, Louis XI a soufflé sur son berceau ! Mais il aime dire à tous ceux qui posent sur lui des yeux souffreteux : «Je suis un richard, et j’ai un cœur de lion !» Cà les sidère toujours. Comme lorsqu’il va au resto et demande au serveur, en lui plantant ses yeux malins comme deux filins : «Un tournedos, s’il vous plaît !» … Mais il n’attrape personne : pa-ra-ly-sés qu’ils sont ou parfaitement indifférents si ils n’ont aucun sens de l’humour, ce qui est généralement le cas. Non, la vie avec les «humains», c’est pas du gâteau : il y une telle muraille de Chine pour arriver à l’autre, que désormais Richard se suffit à lui-même : pourquoi devrait-il sans cesse faire le premier pas, se coltiner cette longue muraille et parler chinois alors que c’est lui, le paralysé ! Les bipèdes ne veulent jamais marcher avec lui, à cause des montagnes de préjugés probablement. Mais Richard ne cherche plus à savoir. Aujourd’hui, il veut se faire l’expo Picasso. Et pas la Période Rose ! Malgré la foule, il n’a pas peur de se faire marcher sur les pieds … Hé hé ! Il doit juste anticiper correctement les virages pour ne pas qu’on lui tombe dessus, faute de ne pas l’avoir vu : en fait, on ne le «voit» jamais, mais bon, il faut bien expliquer les choses au premier degré. Un étage en ascenseur : qui le contraint toujours à avoir des idées au niveau de la ceinture… trois longs corridors comme un parcours de formule 1… mais ne nous égarons pas, on est là pour déambuler tranquillement et prendre un air entendu devant les abstraits, les Romantiques, les nus… est-ce qu’on peut être nu et romantique… ? Se demande Richard, que la question préoccupe quand même énormément ! En fait, quand il s’imagine dans une posture d’amant, c’est trop bidonnant, et puis, il a d’autres chats à fouetter : l’entrée dans la majorité, est justement marquée par sa non acceptation de la majorité (allez y comprendre quelque chose !). Vaut donc mieux rester un peu attardé quelque part… pour ne pas péter les plombs, résout Cœur de Lion.
Bon, revenons à nos moutons : ils suivent toujours, en troupeau, écoutent sans broncher des commentaires d’une effarante complexité, sur des peintures qui le sont beaucoup moins. Ils n’apprennent pas à ressentir, ils se farcissent le ciboulo avec ce que çà évoque du gavage des oies : une nourriture qui ne nourrit pas l’âme, mais, un trop-plein d’éducation, qui va apparemment… les rendre plus importants. AH ! Enfin devant «Guernica» ! Et… «Les Demoiselles D’Avignon» … Une comme cela, même de guingois, m’irait bien, pense Richard… et puis une série de portraits : Alors là ! Que Picasso ait peint aussi justement son monde à lui, le remplit de reconnaissance, il fut submergé d’un bonheur immense : Tout était si limpide ! Pourquoi, les autres sont-ils si irrémédiablement carrés, avec toujours la même conception sur l’Art ? Se demanda Richard.
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