vendredi 1 février 2008

Mascarade "Echec au roi"

ECHEC AU ROI


Ce matin, il leva l’ancre dans une noirceur peu commune, vu le temps clinquant à travers les persiennes – mais justement, le temps est rarement apprêté à l’heure de nos grands rendez-vous … Dès le saut du lit, il s’était senti mal à l’aise, entortillé, avec d’étranges tournures d’esprit… Une nuitée plombée, entonnée de mystérieuses énigmes endoréiques.
Il se souvenait vaguement d’hier : jeune homme pourtant, il ne songeait qu’à demain, à cet avenir qui ne pouvait être que prometteur, mais aujourd’hui promoteur, le présent compté, sous-pesé, il se sent lesté, embarrassé … Cette partie d’échecs entre lui et le destin ne semble plus à son avantage : Il avait choisi les blancs en conquérant, mais à cet instant il n’est plus sûr de rien… peut-être qu’une bonne défensive avec les noirs eut mieux valut pour anticiper cet avenir incertain, encore fallût-il accepter de n’être pas maître du jeu, et cela n’était même pas envisageable !
Il fit tout comme d’habitude, alluma la lumière, la radio, la cafetière, ouvrit le frigidaire, le toaster brûla le pain mie, la confiture s’écoula cramoisie, il se prit la portière en tanguant vers la salle de bains « - C’est rien, c’est rien » se dit-il. Quel destin ! D’une humeur de chien, il enfila son trench-coat, ses mocassins en daims, son bracelet-montre en peau de requin – pour donner raison au temps – de chien et aux requins, pris son porte-documents en peau de mouton et son porte-cartes en porc perlé. Il chaussa ses lunettes super-design – désignant l’arrogance de sa clairvoyance – entra dans sa voiture métallisée et, en route vers la routine. Feu rouge, coup d’œil à la ronde machinal, l’incartade était en rouge, et ronde. Echec à la reine. Yeux verts … Feu vert, vers… Versement, situation, bilan, remboursements. Le bureau était remplit de clients potentiels, et les minutes fatales s’insinuent dans les tempes de l’homme au compte-gouttes, et l’homme est en déroute, il égraine le temps passé pendant qu’il remplit la grille des formulaires. Tout est si vain et si vulgaire… L’heure du déjeuner passe, mais ses pensées le nourrissent et le square l’invite au retard. Il s’assoupit, à tort ou à raison le ciel s’assombrit, et tout son corps aussi. L’homme est mort. D’un coup du sort.

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